Sur la glace, il faut faire apparaitre notre reflet
Le monde de Lore of the Ember est mat, poussiéreux, rongé. Je voulais un endroit qui fasse exactement l'inverse : une surface qui renvoie l'image de ce qui passe dessus. Une plaque de glace au sol, assez grande pour qu'on y marche à deux, avec les monstres qui s'y reflètent aussi.
Un sol qui renvoie l'image
Tout dans Lore of the Ember est mat. La terre, la pierre, les troncs, la cendre : rien ne brille, rien ne renvoie quoi que ce soit, et c'est voulu, c'est un monde qui s'éteint.
D'où l'envie de poser, au milieu de ça, une surface qui fasse exactement l'inverse. Une plaque de glace, à même le sol, sur laquelle on voit son propre reflet marcher.
Ce que ça donne à l'écran
Le héros arrive sur la plaque, et son reflet apparaît sous ses pieds, à l'envers, translucide, décalé juste ce qu'il faut. Il le suit pas à pas. Quand le héros tire, le reflet tire aussi. Quand il sort de la glace, le reflet se coupe net au bord, il ne bave pas sur la terre autour.
Les monstres n'y échappent pas. Un golem qui traverse la plaque traîne son reflet avec lui, et c'est là que l'effet prend son sens : on ne regarde plus seulement le personnage, on regarde une surface qui réagit à tout ce qui passe dessus.
À deux, ça compte double
En coopération, la plaque devient une petite scène. Deux héros, deux reflets qui glissent côte à côte, et les monstres qui entrent dans le cadre avec le leur. J'ai agrandi la plaque exprès pour ça : la première version tenait dans un coin de l'écran, on la traversait en trois pas et on n'avait pas le temps de voir l'effet. Celle-ci occupe presque tout l'écran, on y entre, on s'y bat, on en ressort.
Comment ça tient sur un Atari
C'est le genre d'effet dont on se dit qu'il va coûter cher, et c'est justement ce qui le rendait intéressant à faire.
Le reflet n'est pas un deuxième dessin. Ce n'est pas une image de plus fournie par le graphiste, ni une copie stockée quelque part : c'est le personnage lui-même, relu de bas en haut. Huit directions de marche restent huit directions de marche, il n'y a rien à dessiner en plus.
La transparence, elle, ne coûte aucune couleur supplémentaire. Le reflet est posé au travers d'un motif qui ne laisse passer qu'un pixel sur deux, si bien que la glace transparaît dessous et que l'oeil lit un fantôme plutôt qu'un second personnage. Détail auquel je tiens : ce motif est accroché à la surface, pas au personnage. Accroché à la glace, il se comporte comme ce qu'il représente, un état du sol.
La suite
Le plus satisfaisant, c'est que rien là-dedans ne parle de glace. Ce qui reflète est décrit à part, et la glace n'en est que le premier cas. Une flaque après la pluie, une dalle polie dans un lieu de culte, l'eau noire au fond d'une cave : tout ça renverra désormais votre image de la même façon, et j'ai bien l'intention de m'en servir.
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